Café de Faune


Nosozoographie

(co-écrit avec @holyhologram)

La petite île de Teratobago recèle de nombreux trésors que ne manqueront pas d'apprécier les visiteurs fascinés par la diversité du vivant. Depuis 1985, elle est classée Zone Expérimentale Protégée et consacrée à la recherche biomédicale. Paradis perdu au milieu du Pacifique sud, elle abrite en effet une faune peu commune qui intéresse particulièrement les institutions de santé et l'industrie pharmaceutique : les espèces animales de Teratobago présentent chacune une particularité anatomique, physiologique ou comportementale que l'on peut assimiler à une maladie humaine. Le phénomène demeure à ce jour peu éclairci ; cependant, on a observé que selon un principe de similitude, les sécrétions de tel ou tel animal contiennent une molécule qui, après avoir été synthétisée, contribue à guérir la maladie particulière à laquelle il est associé. Vous découvrirez ci-dessous quelque unes de ces incroyables espèces qui permettent de vous maintenir, vous et vos proches, dans une forme éclatante. N'oubliez pas vos jumelles ! Nous vous souhaitons une agréable visite.

Appendicix Morbus : curieux rongeur dont la très longue queue creuse, dépourvue de muscles et d'os, est totalement inutile. L'encombrant organe est de plus extrêmement vulnérable aux infections : quelques semaines seulement après la naissance de l'animal, la queue, gorgée de pus, gonfle jusqu'à atteindre deux ou trois fois le poids du reste du corps et entraîne immanquablement une septicémie fatale.

Arthrosis Rigorans : petit animal bipède, à la démarche lente, dont les cartilages présentent l'amusante particularité d'être plus durs que de l'os.

Distrophius Humilis : grand félidé qu'on qualifierait volontiers de noble si la pauvre bête n'était pourvue d'une masse musculaire si faible qu'elle peine à déplacer son propre poids et conserve de la naissance à la mort le même aspect famélique.

Epilepsis Exaltatus : espèce de paon dont les plumes blanches reflètent la lumière du soleil. Lorsque le mâle fait la roue, il aveugle la femelle qui se met à convulser, invitant le mâle au coït.

Glaucus Ocularius : petit mammifère au poil court. Malgré des yeux larges et globuleux, distingue très mal les distances, les formes, les textures et les couleurs et, domestiqué, a tendance à se cogner aux murs et aux portes. La partie antérieure de son crâne, très épaisse, le protège des chocs.

Goiteris Suplex : sorte de rat nu avec de petites pattes, un petit corps, une petite tête mais un énorme cou gonflé et flasque qui touche le sol et qu'il tire derrière lui comme une traîne.

Hydrocephalum Desertis : variété de dromadaire dépourvu de la moindre bosse, qui stocke ses réserves d'eau dans son crâne disproportionné.

Lepros Sectis : batracien de forme oblongue donc les capacités d'autotomie sont sans équivalent dans le règne animal. Le lepros sectis est capable de s'arracher les pattes, la queue et même la tête, ce qui entraîne sa mort. Plus curieux encore, il ne le fait pas uniquement pour échapper à un prédateur mais spontanément et sans raison apparente.

Narcolepsan Laborans : lézard long d'une trentaine de centimètres de la tête au bout de la queue. Extrêmement agile, il est capable de grimper à la plupart des surfaces verticales et même de se déplacer sur certains plafonds. Malheureusement, le narcolepsan laborans est aussi sujet à des endormissements subits. On le retrouve souvent mort au bas de falaises, tombé de fatigue pendant son escalade.

Occlus Immobilis : reptile au ventre rond et dur et au métabolisme extrêmement lent, qui ne défèque qu'une fois par an pour éviter d'être repéré par des prédateurs.

Priapis Rigidus : lombric dur et turgescent qui, insuffisamment souple pour s'enfoncer dans la terre en ondulant comme ses congénères, le fait en donnant de grand coups de tête dans le sol jusqu'à ce qu'il finisse par rompre.

Sepsis Pusulae : mammifère d'un peu moins d'un mètre de long, couvert d'une belle et épaisse fourrure qui dissimule mal une peau sale, suppurante et pleine de croûtes jaunâtres. Cette peau visqueuse rend le sepsis pusulae difficile à attraper : non seulement il glisse des mains mais personne n'a envie de le toucher.

Thrombophilia Densa : variété de chauves-souris vampires qui, lorsqu'elles boivent le sang d'animaux d'un autre groupe sanguin, meurent d'hypercoagulation massive. Malheureusement pour la thrombophilia densa, ses antigènes sont du type W, unique dans le règne animal. L'espèce est menacée.